Vous n'êtes pas identifié.
j'ai bien fait d'en parler dans les jeux, merci Nouga, en plus l'extrait donne envie de savoir l'histoire
Hors ligne
Je ne sais pas quend tout cela s'est arreté. A un certain âge, la réalité vous rattrape par la peau du cou et vous crie en pleine figure:" Hé, regarde, la vie c'est comme ça!". Et on est bien obligé d'ouvrir les yeux et de regarder, d'écouter de sentir: les gens qui vous aiment pas, les chose qu'on veut pas faire, celles qui font souffrir, celles qui font peur, les questions sans réponse, les sentiments qu'on ne comprend pas, ceux qu'on refuse mais qu'on ne peut pas maitriser.
La réalité.
On finit par comprendre petit à petit que tous ces trucs qu'on lit -dans les livres, les films, à la télé, dans les magazines, les journaux et les BD - c'est que des conneries. C'est tout fabriqué. Rien ne se passe comme ça. Ce n'est pas réel. Ca n'a aucune signification. La réalité, c'est ce qu'on voit par la vitre de l'autobus: des visages durs, des vies tristes et transitoires, des millions de voitures, du métal, de la brique, du verre, de la pluie, des rires cruels, de la laideur, de la crasse, des mauvaises dents, des pigeons infirmes, des gamins dans leur poussettes qui ont déjà oublié comment on sourit....
Kevin Brooks (Martyn Pig innocent criminel)
Hors ligne
(Pour Tim, qui m'a prêté ce livre, et qui aime les objets qui ont une histoire)
Dans l'armoire vitrée et dans d'autres armoires de mon grand père se trouvaient encore une quantité d'objets et d'ustensiles, des chaines de perles en bois pareilles à des chapelets, des rouleaux de feuilles de palmier couverts d'anciens caractère hindous gravés, des tortues taillées dans la stéatite verte, des statuettes des dieux en bois, en verre, en quartz, en argile, des couvertures brodées en soie ou en toile, des gobelets et des coupes en laiton (...) et toutes ces choses sentaient la mer, les épices, les contrées lointaines, la cannelle et le bois de santal; tous ces objets avaient passé par des mains brunes ou jaunes, avaient été arrosés par les pluies tropicales, par l'eau du Gange, desséchées par le soleil équatorial, ombragées par la forêt vierge.
Herman Hesse (enfance d'un magicien)
Hors ligne
Dans mes mails, je peux être comme jamais la véritable Emmi. Dans la "vraie vie", si on veut réussir, si on veut tenir le coup, il faut sans cesse faire des compromis avec sa propre émotivité: LA, je ne dois pas dramtiser! CA je dois l'accepter! CA le dois le laisser passer! Nous adaptons en permanence nos sentiments à notre entourage, nous nous glissons dans les cent petits rôles du quotidien, nous nous tenons en équilibre, nous pesons le pour et le contre pour ne pas mettre en danger la sructure à laquelle nous appartenons.
Avec vous, cher Léo, je n'ai pas peur de laisser libre cours à ma spontanéité profonde. je ne réfléchis pas à ce que je peux ou ne peux pas vous imposer. J'écris allegrement ce qui me vient à l'esprit. Et ça me fait un bien fou!! C'est grace à vous cher Léo, et c'est pourquoi vous m'êtes devenu indispensable : vous m'acceptez comme je suis.
Daniel Glattauer (Quand souffle le vent du nord)
Hors ligne
merci Nicole c'est un très bon passage ![]()
Hors ligne
Garp regarda Helen; il ne pouvait plus bouger que les yeux. Helen, il le voyait, tentait de lui rendre son sourire. Avec les yeux, Garp essayait de la rassurer: Ne t'inquiète pas--quelle importance s'il n'y a pas de vie après la mort? Il y a une vie après Garp, crois moi. Même s'il n'y a que la mort après la mort, il faut avoir reconnaissance des petits bienfaits, par exemple, parfois une naissance après l'amour. Et, avec beaucoup de chance, parfois, l'amour après une naissance. Et quand on a la vie, disaient les yeux de Garp, on a toujours l'espoir d'avoir l'énergie. Et n'oublie jamais, il y a le souvenir, Helen, lui disaient ses yeux.
" Dans le monde selon Garp, devait écrire un jour le jeune Donald Whitcomb, nous sommes contraints de nous souvenir de tout."
John Irving Le monde selon Garp
Hors ligne
- Pourquoi n'as-tu rien dit?
- Pourquoi faire?
- A ne pas poser des questions, on ne sait jamais rien.
- Si, on sait, Jean Paul. On sait que ça ne vous appartient pas. C'est l'autre vie, celle qu'on invente, qu'on rêve et que miraculeursement parfois on vit. Le miracle, c'est qu'il aura vécu un peu son rêve. Moi, je n'ai fait que rêver, j'ai vécu une fiction..
Bernard Giraudeau Indochine (dans "Les Hommes à terre")
Hors ligne
Super Nicole merci bcp ! ![]()
Hors ligne
Billy avait les yeux de Marlow (*de Joseph Conrad dans Jeunesse) pour la mer, pour la force du vent dans la mâture où claquaient les pavillons, pour la houle démesurée, l'écume en neige balayée par la vague. Il aimait le déséquilibre sur le pont et la proue du navire par grosse mer, le danger d'une déferlante ruisselant par les passavants et les écoutilles. Il n'aimait pas la violence des hommes, il aimait celle de la mer, sentir que la mort pouvait à tout instant avoir un ultime caprice. Comme le jeune Marlow, il s'émerveillait de toutes choses, du regard des femmes d'Orient comme celui des pêcheurs de Chiloé. Il buvait infiniment la vie. Il irradiait une merveilleuse paix qui n'était troublée que par le frisson délicieux, voluptueux, même, de l'aventure des hommes. Il regardait le monde comme le plus inattendu des spectacles.
Quelques jours plus tard, au large de Véracruz, Billy était de corvée sur le pont. La mer était d'huile. Un bosco fustigeait ses hommes. Le soleil se noyait à l'horizon. L'ombre avait enveloppée le navire.
- Messieurs, le soir tombe. Ramassez-le!
L'homme était parti d'un rire en kalachnikov qui fit ricaner les matelots. Seul Billy s'était figé devant le second maître. Il avait regardé à travers le bosco bien au delà de l'horizon embrasé. Le second avait scié son rire. Billy s'était alors penché, avait ramassé la lumière et tendu sa paume gravement, comme une nacre rouge, à l'officier marinier.
- Il est un peu abîmé mais c'est un beau soir quand même.
Bernard Giraudeau Billy (dans "les Hommes à terre")
Hors ligne
Très belle plume !! ![]()
Hors ligne
Elle pouvait rester des heures à imaginer une étrave dans la houle et son Ange derrière la barre à roue. Elle connaissait les quais de Buenos Aires, de Véracruz et même les moillages du Sud, vers la Terre de Feu. Elle savait tout de Punta Arénas et de Félicidad de la Vida, un bar mal famé où les chasseurs de baleine ivres jouaient leur solde d'une saison de pêche. Il y avait des chercheurs d'or qui ne cherchaient rien, des éleveurs de chevaux qui n'avaient plus de chevaux et qui regardaient, hagards, les mustang sauvages galoper sur les grêves (...)
Elle savait aussi les glaces dans les haubans, les mains déchirées, les lèvres éclatées et le vent du bout de la terre qui hurlait dans la voilure. Du côté des Marquises, la goelette d'Ange cinglait sur le bleu vers ces îles en chapelet comme des balines échouées, "sur le dos des quelles chantaient des filles nues".
Bernard Giraudeau Jeanne (dans "les hommes à terre")
Hors ligne
Notre rêve ultime aurait pu nous amener aux Marquises. Il aurait pu.
Nous avons rêvé à 2, à ton initiative, Roland, comme toujours. Nous avions commencé ensemble un petit entrainement, une virée en bateau à voiles vers les côtes de Vendée. Oui, je sais, ce petit bout d'Atlantique n'est pas le Pacifique, et Ré n'est pas Nuku Hiva. Mais qu'importe, les Marquises, ce n'est pas si loin après tout. Tu nous a dit: "Vous voyez les gars, ce qui me fait le plus plaisir, c'est de voir mon fauteuil qui s'éloigne sur le plage, tout seul, sans moi dedans. Il s'ensable." Nous avons navigué jusqu'à ce qu'il disparaisse , ce foutu char....Et puis... Il a bien fallu revenir.
Tu as décidé de t'en séparer définitivement et de voyager libre comme les papillons du silence.
Je comprends, c'était trop fort.
Les Marquises doivent être belles de l'autre côté du monde. Une perle chaude en notre hiver. Un archipel, un collier de fleurs sur l'émeraude. C'est un chant sur le Pacifique. Pacifique, la paix enfin! Mon vieux Roland, je voudrais voir ta gueule, face au large, le sourire de traviole comme un clin d'oeil du coeur, la cigarette au bec comme Prévert, le nez dans les étoiles.
Aïta Pea Pea - Pourquoi s'en faire?
Benard Giraudeau
Ceci est la derniere page de "le marin à l'ancre", son 1er roman, qui met en scene une correspondance postée des 4 coins de la planete à son ami Roland, cloué dans son fauteuil par la myopathie, afin de le faire voyager par l'imagination...
Hors ligne
Très beau passage et merci pour l'explication pour mieux apprécier ![]()
Hors ligne
je l'avais relu en debut d'année
bel accompagnement
Hors ligne
En hommage à Patrick Cauvin mort hier... j'ai ouvert une page au hasard
Je trouverai demain les mots que j'aurais dû lui dire; il n'y aura plus personne près de moi tout à l'heure, et je ne serai plus qu'un minuscule petit mec qui clampinera entre les tours, de Shell en Esso, de Puteaux à La Garenne. Je serais un petit mec tout seul.
Son visage flotte, le vent est venu et il fait froid presque d'un coup. Comme nous sommes allés loin tous les deux....
Elle a son ticket dans la main, tout plié; il ne passera jamais dans l'appareil.
"Ne le déchire pas"
Elle fait non de la tête et agite les doigts à la hauteur de son oreille.
"N'oublie pas Venise" dit elle
Avec le canon de mon index droit, je la vise, bras tendu, en pleine tête, comme Gene Hackman dans French Connection, pouce replié. Je tire et j'ai dû bien tirer parce que, lorsque je rouvre les yeux, il n'y a plus rien nulle part, plus de Lauren, plus de tours, plus de Défense, que le ciel sur moi et vide, vide comme ce n'est pas permis, un ciel pour rien, bleu et con, un ciel bête à pleurer
Patrick Cauvin
e=m2, mon Amour
Hors ligne