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J'ai écris ce texte 'y'a pas mal de temps.
Vu que c'est un texte à consonances, je me suis risquée à le slammer le 15 mai à la Slam'aleikoum animée par Salgoss, GCM, Sancho et Julie.
Le texte est simple et assez explicite (par rapport à ce que je fais d'habitude). J'utilise beaucoup la ponctuation et si vous lisez ce texte, je vous demande de le lire selon la ponctuation qui imite un rythme vocal.
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- Où tu vas ?
- Je m'en vais.
- Mais où tu vas comme ça ?
- Je pars.
C'est tout. Il a dit « Je m'en vais », il a dit « Je pars », et il s'en est allé, et il est parti. Comme ça. Juste comme ça.
Il n'a pas dit pourquoi. Il aurait donné ses raisons. Il aurait parlé. Il serait resté ; un peu.
Il n'a pas dit où il allait, où il partait. Si c'était en enfer, si c'était au paradis. Il aurait parlé. Il serait resté ; un peu...
Il a fait le lit. Il a mis un drap propre. Il a fait ses valises. Il s'est habillé. La musique tournait, un air de voix chaudes ; la musique tournait, un air d'âme étranglée. La musique, la musique, la musique ; la musique tournait-tournait ; la musique tournait. Il secouait des paroles. Il touchait les murs. Il touchait les meubles. La musique tournait ; des airs et d'autres.
Il a ouvert la fenêtre, il a répondu « Je m'en vais », il a répondu « Je pars », il a senti l'air ; et il s'est jeté dans les airs.
Il a abandonné le lit, le drap propre, ses valises, sa musique. Sa musique qui, tournait-tournait ; ses airs.
C'est comme ça qu'il s'en est allé, c'est comme ça qu'il est parti, c'est comme ça qu'il m'a laissé ; comme ça, juste comme ça.
Il m'a laissé et m'a laissé son cadavre écrasé, son crâne éclaté, son corps désarticulé. Il m'a laissé son âme, son fantôme, une pierre froide et sa musique qui tourne, tourne, tourne, - maintenant ; je suis comme ça, - maintenant : je tourne, tourne, tourne. La nuit, je tourne. Le jour, je tourne. Comme la nuit et le jour : je tourne. Je ne cesse de tourner, je refais, refais le même trajet : je le vois, je lui parle, il me dit, je lui parle encore, il me dit encore ; et il part, il part, il part par la fenêtre ouverte. J'entends les cris, j'entends les gens, j'entends cet air. Cet air, cet air, cet air encore quand il se jette dans les airs. Un air de silence. Un air du temps. Un temps figé. Comme j'étais figée quand les cris, quand les gens chantaient. Mon air de silence.
Je ne parle plus. J'écoute ses airs, je goûte ses airs, je vois ses airs. Je ne parle plus. Ma bouche silence depuis son « Mais où tu vas comme ça ? ». J'aime ses airs, je hais mon silence mais ; je ne parle plus. Mon temps s'est figé. Ma parole est figée. Je regarde la fenêtre. Je regarde souvent la fenêtre. Je regarde les gens qui vont et viennent, vont et viennent. J'entends leur parole vivante. Je ne veux plus parler. Je ne parle plus. Je rends visite à la pierre froide, je ne parle pas. Je contemple la pierre froide, je ne parle pas. Je touche la pierre froide, je ne parle pas. Je ne parle plus.
Je m'assois - des heures et des heures et des heures, sous la lune, sous le soleil, sous le noir, sous le bleu, sous le gris - sur l'herbe du lac. Sous son arbre. J'écoute ses airs et je pense. Je pense à ses raisons, je pense à sa raison.
Il n'y a pas d'explications, il n'y a pas de lettre cachée, il n'y a pas de raisons. C'est comme ça. Juste comme ça. Mais je pense encore.
Sous son arbre. L'air est léger. Sous son arbre aux longues branches vertes. L'air est bleu. Sous son arbre bleu dévoré par les feuilles vertes. Il n'y a pas d'explications. Quand on est fatigué, fatigué. Quand on est fatigué. Quand on est fatigué, on fait son lit. Quand on est fatigué, on met un drap propre. Quand on est fatigué, on fait ses valises. Quand on est fatigué, on se jette dans les airs.
Je suis fatiguée.
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C'est comme un film dramatique qui passe sans fin, un peu en boucle, un road movie sans voyage et sans issue....C'est poignant
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belle description de cet etat de rejet et d'abandon
Partir d'un coup dire merde a la vie
le rytme m'as plu
qu'en ont'ils pensés a la soirée
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Bah alors là ... j'en sais rien du tout...
J'me suis sauvée de scène, j'étais tellement stressée (c'était mon premier slam) que j'ai tendu le micro et que je suis repartie bien vite à ma place, j'me suis pas pissée d'ssus mais j'en étais pas loin même si au niveau de l'interprétation j'crois que ça s'est pas trop vu ![]()
Du coup, j'ai rien entendu de ce qu'ils ont dit.
Par contre, des gens sont venus me voir pour me dire que c'était "beau" et m'ont regardé étrangement (p't'être qu'ils ont cru que j'allais me suicider
(donnez-moi une fenêtre, c'est moi qui vais vous pousser, c'est pas moi qui vais passer à travers
))...
Bon bah sinon, merci d'avoir pris le temps de me lire.
Merci pour vos commentaires.
Merci.
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Peu Importe a écrit:
(p't'être qu'ils ont cru que j'allais me suicider
(donnez-moi une fenêtre, c'est moi qui vais vous pousser, c'est pas moi qui vais passer à travers
))...
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ça me rassure, je me posais la question aussi!
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Bonsoir Peu Importe
J'y étais à la soirée ... et je me souviens très bien de toi car ton texte m'a énormément touchée et toi aussi .. que dire, tu as su faire partager une émotion intense, j'avais les larmes aux yeux et j'ai failli aller te le dire mais j'ai vu que tu étais très stressée après...
merci de nous le faire partager ici ... j'en ai encore des frissons, rien qu'au souvenir de ta déclamation à la soirée...
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Merci...
T'étudies à la fac de Paris 8 ?
J'ai bien aimé la soirée slam du 15 mai. Surtout avec les enfants qui venaient slammer. Dans ces cas-là , tu te dis : "si un gosse peut le faire, j'peux l'faire aussi..." ![]()
Bon sinon, j'veux préciser que je ne suis pas suicidaire, je déteste trop la vie pour la quitter.
Oui, je la déteste. Mais pas question de la quitter. Si je la quittais, ça voudrait dire qu'elle aura gagné sur tous les points et mon orgueil le refuse : )
Du coup, j'peux pas vous laisser avec l'impression de parler à une dépressive aux tendances suicidaires. J'vais donc vous mettre un texte joyeux.
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JOE
Je suis de bonne humeur. Je suis, tout jour et toute nuit, de bonne humeur. Et quand je pleure, et quand je meurs, je suis de bonne humeur. J’adore. Et quand j’adore, j’adore à la mort. Je-je-je-je parle de ma personne ; à la – première personne ; et souvent, souvent à la troisième personne ; je parle aux personnes ; et à personne.
Je m’appelle Joe. Et je dors, dors dans des endroits sans décor, au fond d’une grotte, dans le nord, sur un sol où, où fleurissent les morts, fleurissent les corps. C’est Joe. Il. Il s’appelle Joe et il est un peu marteau. Je-je, suis un peu, il ; il-il, est un peu ; un peu marteau.
J’ai-j’ai ; il-il a, il a cogné, cogné sa vie contre un poteau, peut-être ; un peu trop tôt. Il regarde défiler les ans, défiler le temps ; et les temps. Il-il, je-je, je vole avec les grands oiseaux, erre sur l’air des doux poissons, chante sur l’air des doux poisons et danse, danse dans l’air d’une saison.
La ritournelle rit, rit et tourne : « C’est Joe, il s’appelle Joe et il est un peu marteau… »
Au soleil, je me promène dans les bois, je bois-bois-bois et brûle les morceaux de bois. Quand le feu s’allume, mes yeux ; ses ; yeux, yeux flamboient, son esprit s’embrume, son esprit se noie. Je. Il. Il tord-tord ; les corps, corps d’enfants, éclate-éclate ; les têtes, têtes d’enfants, mange-mange ; les viandes, viandes d’enfants. Il pisse dans les ruisseaux, rencontre des corbeaux et des coq-coquelicots. Il est un peu fou, un peu marteau… Il, il… je, je…
Et sa ritournelle rit, rit et tourne : « C’est Joe, il s’appelle Joe et il est un peu marteau… »
A la lune, la lune pleine et pâle, pâle, si pâle… Il se promène dans les villes aux couleurs pâles. De son marteau, il frappe aux portes, supplie, supplie pour des débris ; débris de rien, il jette des cris – crie – qu’il est un saint. Et personne. Personne n’ouvre sa porte à Joe, à Joe et son marteau ; personne ; personne ne m’ouvre sa porte. Dépité, je, il ; il longe les trottoirs, a, a des visions, visions d’halluciné, dans le grand noir, il, il cherche une dulcinée ; la tête pleine de joyeux malheurs, joyeux malheurs, bat ; bat ; bat son cœur bat ; son cœur. Mon cœur.
Sous les lumières des réverbères, il contemple les étoiles éphémères. Le vent souffle, souffle, le vent souffle, le vent souffle-souffle-souffle et ; s’essouffle.
Soudain.
Au coin de la rue, une Jeanne tombe en panne : « Au secours, au secours, voilà que je tombe en panne ! »
Sa machine d’acier, usée, hurle à l’agonie ; Joe accourt au secours de la jeune fille : « J’adore, adore à la mort. Oh ma dulcinée, toi que j’ai toujours aimé, tire un beau sourire, c’est l’heure de mourir ; ce soir belle Jeanne, je te trépane. »
Joe, fracasse le crâne d’une Jeanne, avec, son beau marteau.
Ma ri-ri-ritournelle rit, rit et tourne : « C’est Joe, je m’appelle Joe et je suis un peu marteau. »
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(J'aime pas écrire sous la forme versifiée...)
Dernière modification par Peu Importe (22-06-2009 16:17:04)
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excellent ton petit texte + joyeux ... quoique pas vraiment ![]()
non je ne suis pas étudiante !!! mais tu verras, ici, tu rencontreras des gens que tu n'aurais pas eu l'occasion de côtoyer ailleurs !
alors continue, tu écris vraiment bien même si ce ne sont pas des vers, ça se lit bien et ça a beaucoup de rythme
en tous cas, moi j'aime ![]()
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