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#1 07-03-2009 09:09:54

nicole
Nounou du forum
Lieu: charente
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Textes coup de coeur bis

Je me demandais si je déplaçais les textes coup de coeur ici, ou si je les laissais dans les discussions diverses, (voir ici) mais ils sont là bas depuis si longtemps que je n'ose pas les déranger.
Finalement, j'en ouvre un second ....
(Dîtes moi si ça vous va, ou si vous préférez l'ancienne place)


"je ne suis moi que seul"
Marcel Proust
"C'est bien les éclats de rire, on n'a pas besoin de recoller les morceaux."
Zake on twitter

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#2 07-03-2009 09:11:42

nicole
Nounou du forum
Lieu: charente
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Re: Textes coup de coeur bis

Alors, pour les amateurs des jeux de mots, voici une autre chronique de Vincent Roca

*************************************************************
Yann Queffelec
Vendredi 27 février 2009, « Le Fou du Roi » France-Inter

Yann Queffelec est membre de l’association des écrivains de marine. Comme Patrick
Poivre babord, Erik tribOrsenna, Archipel Autissier, Titouan l’âme azur ou Jean Chris4
craft Rufin. (Pas des écrivains de narine, ces morveux qui ne se mouchent pas du coude
qui écrivent au pif, fingers in the nose, des ouvrages ronflants). Non, les écrivains de
marine triment sur des annuaires des marées, des Almanachs du marin breton, des livres de
bord, des esquifs de chef d’oeuvre, ou des romans d’harponnage qui tiennent le lecteur en
baleine. Ils leur trouvent des titres appropriés, « A la recherche du thon perdu »,
« Extension du domaine de la lotte », « La vie de l’anchois », « Critique de l’horizon
pur », « Les contes des milles nautiques et une nuit » ou « Les fest-noz barbares »… ils
lâchent la bonde à leur vergue poétique, écrivent des strophes aquatiques prenant soin
d’arrimer solidement leurs vers. Les écrivains de marine ne s’éloignent jamais trop du
littéral. Ils savent se mettre en voilure, ils jettent leur encre sur des bateaux en papier qui
appareillent chaque année à l’approche du salon nautique… Leur vie est réglée comme du
papier Armorique : nés sous le signe du Zodiac, nourris au Quiberon, ce sont des soli-mers
qui retroussent la Manche, prennent leur cordage à deux mains, plongent dans l’océan
alphabétique, mettent la main à la vase, le nez sous le Cap Horn, et, entraînés par le
courant, le langage courant, ils ramènent du large des poissons-si, des poissons-pourquoi,
des poissons-parce-que qu’ils vendent à l’encrier. Assis toute la sainte journée sur leur
océan, matelots du clavier, moitié mac moitié hamac, leurs windows s’ouvrent sur la
mer… ils écrivent au stylo à brume, dans une langue salée, s’éclairant à la lampe-tempête,
ils tirent des bords de feuille, remplissent des plages et des plages d’écriture, truffées de
coquilles de noix. Complètement barges, fêlés de l’étrave, ils ont un grain, une araignée de
mer dans le plafond, ils larguent les hasards, se laissent submerger par des trombes
d’audace, ils s’abandonnent au tangage des passions. Fumeurs de coups de tabac et de
Tabarly, ils se laissent aller à la dérive, louvoient, passent de Caraïbes en syllabes. Ils
hissent la moelle, laissent la chair s’engouffrer, ils ont des visages de sable ou de galets, le
coeur brisant, les hublots écarquillés, ils laissent monter de vagues réminiscences, quand
leur temps n’avait pas encore pris l’eau, ils étaient jeunes mousses, vauriens mais déjà
mâtures, à l’école du voyage sur les haubans de l’école, crayons d’Arc-en-ciel, compas
gyroscopique, cacaoyer à spirales, carnets de route, plumier de cacatoès, cartable à roulis,
ils jouaient à la poupe, ou aux quilles, ils larguaient les rives, se frôlaient les côtes et se
cherchaient des proues dans la tonsure… Les écrivains de marine se laissent envahir par
les déferlantes de souvenirs, les larmes de fond, les houles sentimentales, et coeteradeau, et
coeteraffiot, et coetera de marée… Ils affrontent les flots de mots par tous les temps, passé,
présent, futur, grammaire agitée, vents de force 8 sur l’échelle de Voltaire, ils vident leur
ressac, et nous racontent des histoires d’amure… l’amure, toujours l’amure… ils mènent le
lecteur en bateau, lui offrent la gîte et le dévers, l’arraisonnent, le font chavirer, le
retournent, le renflouent et le ramènent à bon port. Parfois, quand l’imagination n’a plus
aucun souffle, ils sortent les avirons, ils écrivent des petits romans de série bouée, pour
attirer les chalands, ils clapotent dans les phrases flasques, des intrigues qui filent à peine
vingt noeuds, et sont la cible des risées… Ils font acte de plaisance… Ils écrivent des
Brest-sellers pleins de couchers de soleil incand’Ouessant, des pavés sur la mer, certes,
mais qui restent à la surface, ce qui ne les empêchent pas de toucher des fonds, ils
effleurent le sujet et ça fait des brouillons d’écume. Ils n’hésitent pas à faire des embruns
littéraires, par chapitres entiers, et laissent leurs gros paquemots de croisière surfer sur la
5
vague du succès, battant pavillon du Finistère de la Culture… Et là, ce sont plutôt des
écrivains qui marinent…
Et quand ils en ont assez de se taper la coque contre les récits, les écrivains de marine,
difficile d’échapper aux sirènes des médias, viennent nous rendre visite, sur les ondes,
chez Jules Bern au Fou d’Iroise… Ils y ont leur rond de serviette, et leur bouteille d’eau
minérale. Ce qui me donne l’occasion, Yann, de clamer haut et fort, sans avoir à traverser
les océans, non pas l’indépendance de la Bretagne, non, juste : vive le Queffelec libre !
Vincent Roca


"je ne suis moi que seul"
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#3 07-03-2009 09:25:04

stoupig
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Re: Textes coup de coeur bis

yipiyipiyipiyipiyipi
merci Nicole pour ce coup de vent roccardien!!! il est magnifique  de mots.....;


Le jour où le soleil est né en même temps que la lune, leur mère mourut.Alors le soleil offrit le corps de sa mère à la terre pour que puisse jaillir la vie.De sa poitrine il fit surgir les étoiles et les lança très haut dans le ciel pour consoler la lune. Légende indienne

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#4 07-03-2009 10:04:19

marilou
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Re: Textes coup de coeur bis

Total respect pour ce morceau de bravoure !!!

il décrit 'achement bien tous ces écrivains " nourris au Quiberon " 

                merci Nicole       icon_wink


"J'ai pris une avalanche de rimes et une cascade de thèmes
Si loin du star-system , tu restes tard si t'aimes ! "  GCM

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#5 11-03-2009 12:02:05

nicole
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Re: Textes coup de coeur bis

J'ai cherché la partie de cartes de Pagnol, suite au petit slam de Mail. Seb, tu fais le bruit des cigales?

Il est neuf heures du soir. dans le petit café, Escartefigue, Panisse, César et M. Brun sont assis autour d'une table. Il jouent à la manille. Autour d'eux, sur le parquet, deux rangs de bouteilles vides. Au comptoir, le chauffeur du ferry-boat, déguisé en garçon de café, mais aussi sale que jamais.


Scène 1

(Quand le rideau se lève, Escartefigue regarde son jeu intensément, et, perplexe, se gratte la tête. Tous attendent sa décision.)


Panisse (impatient)

Eh bien quoi ? C'est à toi !


Escartefigue

Je le sais bien. Mais j'hésite …

(Il se gratte la tête. Un client de la terrasse frappe sur la table de marbre.)


César (au chauffeur)

Hé, l'extra ! On frappe !

(Le chauffeur tressaille et crie)


Le chauffeur

Voilà ! Voilà !

(Il saisit un plateau vide, jette une serviette sur son épaule et s'élance vers la terrasse.)


César (à Escartefigue)

Tu ne vas pas hésiter jusqu'à demain !


M. Brun

Allons, capitaine, nous vous attendons !

(Escartefigue se décide soudain. Il prend une carte, lève le bras pour la jeter sur le tapis, puis, brusquement, il la remet dans son jeu.)


Escartefigue

C'est que la chose est importante ! (à César) Ils ont trente-deux et nous, combien nous avons ?

(César jette un coup d'œil sur les jetons en os qui sont près de lui, sur le tapis.)


César

Trente.


M. Brun (sarcastique)

Nous allons en trente-quatre.


Panisse

C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd.


Escartefigue

C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur.


César

Si tu avais surveillé le jeu, tu le saurais.


Panisse (outré)

Eh bien, dis donc, ne vous gênez plus ! Montre-lui ton jeu puisque tu y es !


César

Je ne lui montre pas mon jeu. Je ne lui ai donné aucun renseignement.


M. Brun

En tous cas, nous jouons à la muette, il est défendu de parler.


Panisse (à César)

Et si c'était une partie de championnat, tu serais déjà disqualifié.


César (froid)

J'en ai souvent vu des championnats. J'en ai vu plus de dix. Je n'y ai jamais vu une figure comme la tienne.


Panisse

Toi, tu es perdu. Les injures de ton agonie ne peuvent pas toucher ton vainqueur.


César

Tu es beau. Tu ressembles à la statue de Victor Gélu.


Escartefigue (pensif)

Oui, et je me demande toujours s'il coupe à cœur.

(A la dérobée, César fait un signe qu'Escartefigue ne voit pas, mais que Panisse a surpris.)


Panisse (furieux)

Et je te prie de ne pas faire de signes.


César

Moi je lui fais des signes ? Je bats la mesure.


Panisse

Tu ne dois regarder qu'une seule chose : ton jeu. (à Escartefigue) Et toi aussi.


César

Bon. (Il baisse les yeux vers ses cartes.)


Panisse (à Escartefigue)

Si tu continues à faire des grimaces, je fous les cartes en l'air et je rentre chez moi.


M. Brun

Ne vous fâchez pas, Panisse. Ils sont cuits.


Escartefigue

Moi, je connais très bien le jeu de manille, et je n'hésiterais pas une seconde si j'avais la certitude que Panisse coupe à cœur.


Panisse

Je t'ai déjà dit qu'on ne doit pas parler, même pour dire bonjour à un ami.


Escartefigue

Je ne dis bonjour à personne. Je réfléchis à haute voix.


Panisse

Eh bien ! Réfléchis en silence … (César continue ses signaux) Et ils se font encore des signes ! Monsieur Brun, surveillez Escartefigue, moi, je surveille César.

(Un silence. Puis César parle sur un ton mélancolique.)


César (à Panisse)

Tu te rends compte comme c'est humiliant ce que tu fais là ? Tu me surveilles comme un tricheur. Réellement, ce n'est pas bien de ta part. Non, ce n'est pas bien.


Panisse (presque ému)

Allons, César, je t'ai fait de la peine ?


César (très ému)

Quand tu me parles sur ce ton, quand tu m'espinches comme si j'étais un scélérat … Je ne dis pas que je vais pleurer, non, mais moralement, tu me fends le cœur.


Panisse

Allons, César, ne prends pas ça au tragique !


César (mélancolique)

C'est peut-être que sans en avoir l'air, je suis trop sentimental. (à Escartefigue) A moi, il me fends le cœur. Et à toi, il ne te fait rien ?


Escartefigue (ahuri)

Moi, il ne m'a rien dit.


César (Il lève les yeux au ciel)

O Bonne Mère ! Vous entendez ça !

(Escartefigue pousse un cri de triomphe. Il vient enfin de comprendre, et il jette une carte sur le tapis. Panisse le regarde, regarde César, puis se lève brusquement, plein de fureur.)


Panisse

Est-ce que tu me prends pour un imbécile ? Tu as dit : "Il nous fend le cœur" pour faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors, il joue cœur, parbleu !

(César prend un air innocent et surpris.)


Panisse (Il lui jette les cartes au visage)

Tiens, les voilà tes cartes, tricheur, hypocrite ! Je ne joue pas avec un Grec ; siou pas plus fada qué tu, sas ! Foou pas mi prendré per un aoutré ! (Il se frappe la poitrine.) Siou mestré Panisse, et siès pas pron fin per m'aganta !


(Il sort violemment en criant : "Tu me fends le cœur, tu me fends le coeur..."


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#6 11-03-2009 13:19:16

Eros
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Re: Textes coup de coeur bis

nicole a écrit:

Alors, pour les amateurs des jeux de mots, voici une autre chronique de Vincent Roca

*************************************************************
Yann Queffelec
Vendredi 27 février 2009, « Le Fou du Roi » France-Inter

Yann Queffelec est membre de l’association des écrivains de marine. Comme Patrick
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qui écrivent au pif, fingers in the nose, des ouvrages ronflants). Non, les écrivains de
marine triment sur des annuaires des marées, des Almanachs du marin breton, des livres de
bord, des esquifs de chef d’oeuvre, ou des romans d’harponnage qui tiennent le lecteur en
baleine. Ils leur trouvent des titres appropriés, « A la recherche du thon perdu »,
« Extension du domaine de la lotte », « La vie de l’anchois », « Critique de l’horizon
pur », « Les contes des milles nautiques et une nuit » ou « Les fest-noz barbares »… ils
lâchent la bonde à leur vergue poétique, écrivent des strophes aquatiques prenant soin
d’arrimer solidement leurs vers. Les écrivains de marine ne s’éloignent jamais trop du
littéral. Ils savent se mettre en voilure, ils jettent leur encre sur des bateaux en papier qui
appareillent chaque année à l’approche du salon nautique… Leur vie est réglée comme du
papier Armorique : nés sous le signe du Zodiac, nourris au Quiberon, ce sont des soli-mers
qui retroussent la Manche, prennent leur cordage à deux mains, plongent dans l’océan
alphabétique, mettent la main à la vase, le nez sous le Cap Horn, et, entraînés par le
courant, le langage courant, ils ramènent du large des poissons-si, des poissons-pourquoi,
des poissons-parce-que qu’ils vendent à l’encrier. Assis toute la sainte journée sur leur
océan, matelots du clavier, moitié mac moitié hamac, leurs windows s’ouvrent sur la
mer… ils écrivent au stylo à brume, dans une langue salée, s’éclairant à la lampe-tempête,
ils tirent des bords de feuille, remplissent des plages et des plages d’écriture, truffées de
coquilles de noix. Complètement barges, fêlés de l’étrave, ils ont un grain, une araignée de
mer dans le plafond, ils larguent les hasards, se laissent submerger par des trombes
d’audace, ils s’abandonnent au tangage des passions. Fumeurs de coups de tabac et de
Tabarly, ils se laissent aller à la dérive, louvoient, passent de Caraïbes en syllabes. Ils
hissent la moelle, laissent la chair s’engouffrer, ils ont des visages de sable ou de galets, le
coeur brisant, les hublots écarquillés, ils laissent monter de vagues réminiscences, quand
leur temps n’avait pas encore pris l’eau, ils étaient jeunes mousses, vauriens mais déjà
mâtures, à l’école du voyage sur les haubans de l’école, crayons d’Arc-en-ciel, compas
gyroscopique, cacaoyer à spirales, carnets de route, plumier de cacatoès, cartable à roulis,
ils jouaient à la poupe, ou aux quilles, ils larguaient les rives, se frôlaient les côtes et se
cherchaient des proues dans la tonsure… Les écrivains de marine se laissent envahir par
les déferlantes de souvenirs, les larmes de fond, les houles sentimentales, et coeteradeau, et
coeteraffiot, et coetera de marée… Ils affrontent les flots de mots par tous les temps, passé,
présent, futur, grammaire agitée, vents de force 8 sur l’échelle de Voltaire, ils vident leur
ressac, et nous racontent des histoires d’amure… l’amure, toujours l’amure… ils mènent le
lecteur en bateau, lui offrent la gîte et le dévers, l’arraisonnent, le font chavirer, le
retournent, le renflouent et le ramènent à bon port. Parfois, quand l’imagination n’a plus
aucun souffle, ils sortent les avirons, ils écrivent des petits romans de série bouée, pour
attirer les chalands, ils clapotent dans les phrases flasques, des intrigues qui filent à peine
vingt noeuds, et sont la cible des risées… Ils font acte de plaisance… Ils écrivent des
Brest-sellers pleins de couchers de soleil incand’Ouessant, des pavés sur la mer, certes,
mais qui restent à la surface, ce qui ne les empêchent pas de toucher des fonds, ils
effleurent le sujet et ça fait des brouillons d’écume. Ils n’hésitent pas à faire des embruns
littéraires, par chapitres entiers, et laissent leurs gros paquemots de croisière surfer sur la
5
vague du succès, battant pavillon du Finistère de la Culture… Et là, ce sont plutôt des
écrivains qui marinent…
Et quand ils en ont assez de se taper la coque contre les récits, les écrivains de marine,
difficile d’échapper aux sirènes des médias, viennent nous rendre visite, sur les ondes,
chez Jules Bern au Fou d’Iroise… Ils y ont leur rond de serviette, et leur bouteille d’eau
minérale. Ce qui me donne l’occasion, Yann, de clamer haut et fort, sans avoir à traverser
les océans, non pas l’indépendance de la Bretagne, non, juste : vive le Queffelec libre !
Vincent Roca

Désolé, je reviens sur ce texte que je n'avais pas lu.
Vraiment très fort ce Vincent Roca.
Il nous fait voyager avec des jeux de mots maitrisés à la perfection.
J'suis fan icon_smile


http://img8.imageshack.us/img8/7219/bannireeros.jpg

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#7 11-03-2009 14:08:37

nicole
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Re: Textes coup de coeur bis

Eros a écrit:

Vraiment très fort ce Vincent Roca.
Il nous fait voyager avec des jeux de mots maitrisés à la perfection.
J'suis fan icon_smile

Oui, c'est un délice! Tu as vu que j'en avais posté d'autres plus anciens dans l'autre topic "textes coup de coeur"?


"je ne suis moi que seul"
Marcel Proust
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#8 11-03-2009 15:43:00

papi
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Re: Textes coup de coeur bis

Merci pour ces deux textes, tu fais re-belotte quand tu veux!


Certains hommes assez primaires ont un pied dans le passé, un pied dans le futur et le
présent leur pendouille entre les jambes…

  [Vincent Roca]

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#9 11-03-2009 16:04:32

Eros
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Re: Textes coup de coeur bis

Oui j'avais vu, sans commenter mais là j'ai pas résisté ^^


http://img8.imageshack.us/img8/7219/bannireeros.jpg

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#10 06-04-2009 18:09:04

nicole
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Re: Textes coup de coeur bis

Alors Vincent Roca, encore une fois, pour ceux qui aiment
*************************************************************
Chronique sur Philippe Djian
Mercredi 1er avril 2009, « Le Fou du Roi » France-Inter

L’écriture, ça ne date pas d’hier. Du temps de Sophocle, la machine à écrire n’existait pas.
Qu’importe, le tragédien grec se lança dans l’histoire d’Antigone : il avait déjà un Créon
sous la main... De fil en aiguille, de plume en stylo, de Gutenberg en Azertyuop, ça n’a pas
beaucoup changé : on continue à noircir du papier pour blanchir des idées. Aujourd’hui,
Philippe Djian, alias l’homme de Djianderthal, du genre homo scriptus ininterromptus.
Tous les jours, quand 10h sonnent au cadran solaire, Philippe Djian s’enferme dans sa
caverne, s’assoit à son bureau, il est seul, face au mur nu. Il écrit à guillemets fermés. Il
s’astique le bulbe rachidien, et c’est un plaisir sans fin qui éclabousse le papier. Philippe
Djian se fout d’écrire des histoires. Il prend le gros diapason en os de Proust accroché au
mur, le diapason des autres, et il fait chanter la langue. Il fait s’entrechoquer les mots,
résonner les phrases, vibrer les chapitres, son écriture a des cordes vocales, il met du
souffle là où d’autres mettraient de la ponctuation, chair d’interrogation, nerf
d’exclamation, muscle de suspension… il ouvre grand les parenthèses sur la vie et ses
petites complications, l’amour, la mort, et autres joyeusetés, il décroche les apostrophes,
débagoule les cédilles, il donne des coups de poing à la ligne. Il a des mots à revendre, de
la langue fraîche à tous les rayons, des sujets en veux-tu en voilà, des questions sans fins,
des problèmes du jour, il n’y a qu’à se servir, c’est bien simple, sa caverne, c’est le Djian
Casino ! Il dit: « J’écris dix lignes et je suis heureux ». Moi à l’école, on me donnait 500
lignes à écrire, et c’était une punition… je n’écrirai plus asticot avec un h, je garderai le h
pour haricot, je n’écrirai plus asticot avec un h, je garderai le h pour haricot... Pour
Philippe Djian, l’écriture, c’est naturel. C’est bio : pas d’engrais chimique, de drogue dure.
Du pur jus de neurone, du sirop de synapse sans colorant, de la crème de moelle, du
concentré de cervelle… il conjugue l’écriture au plus que piaffé de l’introspectif, maniant
les auxiliaires naître et émouvoir, il sort la langue de sa gangue, la désenglue, il la
bichonne, met des appuie-tête aux épithètes, des abribus aux attributs, il choisit l’angle
d’attaque, pose sa caméra-stylo dans un coin de marge, il affronte le pluriel en combat
singulier, il fringue les phrases, attife les adjectifs, affine les infinitifs, il fait l’article,
soigne le verbe, oiseau de paradigme, responsable de coordination, c’est un artiste de
compléments qui règne sur les sujets, il vit de l’air du temps, fêtard du futur, passeur de
passé, il parfume l’imparfait, reprise le présent, il n’y a plus que les mots, il les cherche, il
les pèse, il se sustente aux substantifs, se subordonne aux subordonnées, installe sa
résidence dans la principale (il règle scrupuleusement la syntaxe d’habitation), il écrit au
burin, il transperce, il vrille, il creuse, il parle des Djian. Il y a tant de Djian ! Des Djian
simples, des braves Djian, des honnêtes Djian. Des Djian comme vous et moi. Et puis il y
a des Djian bizarres, de drôles de Djian, des Djian d’un autre âge, et tous ces messieurs
Djian de lettres, très souvent des Djian-chiants! Les Djian sont fous !
Vous copierez cinq cent fois : En Azerbaïdjan, l’étudiant Djian a vu l’adjudant Devedjian
adjugeant un adjuvant à un indigent d’Abidjan. En Azerbaïdjan, l’étudiant Djian a vu
l’adjudant Devedjian adjugeant un adjuvant à un indigent d’Abidjan…
J’ai gratté tellement de lignes quand j’étais gamin, je me disais que quand je serais grand,
je serais peut-être écrivain… Comme Philppe Djian, j’essaie d’écrire des choses qui aident
à comprendre, qui aident à vivre… L’autre jour, j’ai publié sur la table du salon un tout
petit livre, une sorte de roman-flash, il tenait sur un petit bout de papier. « Je ne suis pas là
à midi, il y a un poulet froid dans le frigo ». Mon fils l’a lu, ça l’a aidé à vivre. Bon ça
n’est pas du Proust, je sais. En le relisant ce matin, j’ai bien vu que c’était écrit à la vavite.
C’est maladroit : il y a un poulet froid dans le frigo. Le style est lourd, redondant ! Si
le poulet est dans le frigo, bien sûr qu’il est froid. Est-ce la peine de l’écrire ? Quitte à
mettre un adjectif, j’aurais pu écrire : « Il y a un poulet mort dans le frigo ». Oui, ça a
beaucoup plus de gueule. C’est rentre-dedans. L’écriture, c’est comme un vin. Il faut que
ça ait du tanin, que ça reste en bouche… « Il y a un poulet mort dans le frigo », ça ça a de
la cuisse !
Malheureusement l’écriture est galvaudée. Tout le monde écrit. Les librairies deviennent
des épiceries. La dernière fois que j’ai vu mon médecin, il m’a donné un poème qu’il
venait d’écrire. Une sorte de haïku :
Zoxan LP 8 milligrammes
Un’ boît’ renouveler 2 fois
Permixon 120 milligrammes
Un’ boît’ renouveler 2 fois
Il l’a intitulé : hypertrophie bénigne de la prostate. Là encore, c’est pas du Victor Hugo,
mais je reconnais que ça aide à vivre.
Vous me conjuguerez le verbe se poignarder à l’imparfait du subjonctif : « que je me
poignardasse, que tu te poignardasses, qu’il ou elle se poignardât, que nous nous
poignardassions, que vous vous poignardassiez…
Que vous vous poignardassiez… poignard d’acier… Voilà… Finalement, je n’ai pas fait
écrivain comme métier, j’ai fait artisan-tourneur-phraseur !


"je ne suis moi que seul"
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#11 26-05-2009 12:44:46

nouga
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Re: Textes coup de coeur bis

Djian reste baba de ce texte dejianter


"la couleur taupe a été créée pour les myopes"

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#12 18-02-2010 20:47:56

nicole
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Re: Textes coup de coeur bis

Je l'ai mis dans l'autre topic, mais je ne résiste pas à le mettre ici aussi icon_wink

Saint Valentin (Pierre Arditi, Aïssa Maïga)
Lundi 8 février 2010, « Le Fou du Roi » France-Inter
Mon ami Michel est fermé le lundi. Il est pépiniériste à Soyaux, dans la banlieue d’Angoulême.
Son magasin s’appelle le Gairidon. Autant vous dire qu’hier, dimanche, il était ouvert. Non
seulement il était ouvert, mais il débordait sur le trottoir. Il mordait même un petit peu sur la
chaussée. La Saint Valentin et la fête des morts sont les deux mamelles du pépiniériste. Et
Michel, en fait de mamelles, ces jours-là, il a le décolleté en crue, le nichon conquérant, la gorge
déployée… Sa boutique passe du 95 B au 115 C… Oui, lui il est au 95 bis de la rue des Lilas, et il
s’étale jusqu’au 115 Ter… Le 115 Ter, c’est pas ter pour rien, c’est les Pompes Funèbres,
fermées le dimanche (eh oui ! pas de repos éternel le dimanche, c’est un comble !), alors il en
profite. Michel, les morts et les amoureux c’est son caviar, son foie gras, la mignardise sur le
terreau ! Eros et Thanatos sont ses danseuses. Il s’est fait tatouer sur ses poignets un lys crucifié
et deux ronces enlacées. Le 2 novembre et le 14 février sont ses solstices, deux jours à marquer
d’une croix noire et d’une rose rouge. Grâce à ses fleurs, les morts embaument et les coeurs
s’envolent, les gens mettent un peu de beurre dans les corbillards, et du bonheur dans les
lupanars… Il a ses deux pancartes fétiches : « Ouvert pour cause de décès », « Ouvert pour cause
de baisers », auxquelles il rajoute, quand il s’absente : « Le pépiniériste est dans l’espalier » et
pour faire fuir les mal lunés : « Attention, chiendent méchant »… C’est un poète, Michel ! Hier,
pour la Saint-Valentin, il s’est lâché ! Il a collé des affichettes partout dans sa boutique, avec des
variations sur le mot « Amour ». A.M.O.U.R. :
Association de Molécules et d’Orgueils à Usage Romanesque.
Addiction Momentanée aux Odeurs et Ukases d’un Ressortissant
Appétence Musculaire et Onirique pour l’Unisson Reptilien
Attirance Malaxage Osmose Urticaire Rejet
Assemblage des Muqueuses de deux Olibrius et Ululements Rattachés
Il compose des bouquets acronymes. Anémone, Marguerite, OEillet, Ulluque et Rose (je suis
comme vous, je ne connaissais pas l’ulluque, c’est une plante dicotylédone herbacée d'Amérique
du Sud, Michel dit qu’à la Saint-Valentin, tout ne doit être qu’ulluque, calme et volupté… De
toutes façons, vous ne le prendrez jamais en défaut ! Des fleurs qui commencent par U, il a en a
toute une flopée : Ulex, Ulmaire, Ulmeau, Ulotricale, Ulve, Urcéola sans oublier les petites
douceurs de la famille des Urticacées, orties, chanvre indien, cannabis, au Gairidon, même quand
c’est complet, on peut encore trouver une place haschisch au fond du magasin). Et pour la
Toussaint, son must est le bouquet MORT : Myosotis, Orchidée, Renoncule et Trèfle… Roulez
vieillesse ! Les clients de Michel l’appellent l’Adonis de la serfouette. D’abord, il faut reconnaître
que malgré son petit côté plante grasse, et son label soixante ans d’âge, il est pas mal foutu. Pour
le Jour de l’an, il a envoyé à ses clients une carte de voeux où il posait nu sur le rebord de la
cheminée de son salon. Il paraît que les habitués du lieu sont allé mesurer la largeur de la
cheminée pour voir si ça n’était pas une photo montage. Comme si Michel avait une grande
surface de flottaison ! C’est un obèse du coeur, pas du postérieur ! Mais il est comme ça Michel,
son cul sur la commode, c’est trop commun, sur la cheminée, ça a de la gueule ! Je lui accorde le
César du meilleur présentoir masculin. Mais surtout Adonis, c’est le dieu qui fut aimé à la fois
d’Aphrodite, reine de l’amour et de Perséphone, reine des Morts et déesse des Enfers (ne pas
confondre avec Perd-son-téléphone, le dieu de l’Enfer sur terre). Adonis-Michel brûle la vie par
les deux bouts, il vit d’amour et de mort fraîche : pour faire naître la vie, il enfouit les graines.
Moitié sage-femme, moitié fossoyeur. Croque-mort à crocus. Sépulteur à pétales. Il creuse des
tombes, pour y poser des berceaux. La vie des fleurs commence par un enterrement. Puis la fleur
éclot, elle s’ouvre, elle sèche, et à la fin du cycle : amen ! La fleur est close. Retour à la terre.
Michel est bi : il bêche, il bine, il griffe. Il cerne, il dame, il effeuille. Il pince, il praline, il
rempote… ça c’est l’amour ! Il ramasse, il coupe, il jette. Il ébourgeonne, il éboutonne, il élague.
Il fauche, il rabat, il sarcle… ça c’est la mort ! Michel dit que l’homme est né primevère et
retombera en primevère. Il pisse au lit, puis, quelques printemps et des brouettes plus tard, il
pissenlit… Entre temps, il mêle ancolie et giroflées, vipérines et camélias, il passe du coquelicot à
l’anémone, du muguet au bégonia. Il dit encore : Un jour, Narcisse des prés, on croise un nombril
de Vénus, on effeuille la marguerite, pensées sauvages, rêves d’immortelles, un baiser au fond de
la glycine, une chambre dans un hibiscus, boutons, fleurs, et fruits… Mais tout n’est pas rose,
tout n’est pas lys, le mimosa devient muflier, il y a de la fuite dans les orchidées, on se fait du
mouron, des soucis, par ici les orties, on demande chardon, on prend son dernier repas, des
genêts, et… on avale sa chicorée. On ne pensait pas voir la mort de cyprès, mais ils sont déjà
plantés au bord de la tombe, un cercuoeillet dans un trou de bruyère, un pavot de famille… résidu
de réseda, fin de ronce… C’est tout ! Sacré Michel ! Le Rimbaud du rhododendron… Sainfoin
des bocks et de la limonade, on est pas sérieux quand on a dit c’est tout !
Vincent Roca


"je ne suis moi que seul"
Marcel Proust
"C'est bien les éclats de rire, on n'a pas besoin de recoller les morceaux."
Zake on twitter

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#13 18-02-2010 21:55:21

mailgibson
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Date d'inscription: 08-04-2008
Messages: 2863

Re: Textes coup de coeur bis

c un mathématicien..mais des mots c fort!!très fort!!


j'ai redémarrer ma vie en mode sans échec et comme je suis pro..
misanthropes faut faire avec pas question de mode réseau
http://img132.imageshack.us/img132/7312/rageooc.jpg

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#14 19-02-2010 10:26:47

kinglion
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Date d'inscription: 04-01-2010
Messages: 8154

Re: Textes coup de coeur bis

il est vraiment très fort !

Comme il jongle avec tt ca !! icon_smile

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#15 22-05-2010 21:23:30

EkimoZ
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Lieu: Toujours plus loin...
Date d'inscription: 02-06-2007
Messages: 4388

Re: Textes coup de coeur bis

Barbara chantait à merveille "Le mal de vivre".


Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre

On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à la main
Comme une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C'est pas forcément la misère
C'est pas Valmy, c'est pas Verdun
Mais c'est des larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il à nous faut vivre
Vaille que vivre

Qu'on soit de Rome ou d'Amérique
Qu'on soit de Londres ou de Pékin
Qu'on soit d'Egypte ou bien d'Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin
Qu'il est long lorsqu'il faut le faire
Avec son mal au creux des reins

Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n'en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D'une nuit qui n'en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n'en sont pas revenus

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu'ils devaient vivre
Vaille que vivre

Et sans prévenir, ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous émerveille
Au creux des reins

La joie de vivre
La joie de vivre
Viens, il faut la vivre
Ta joie de vivre

La, la, la, la...
La joie de vivre


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